
Nous rassemblons ici des éléments de réflexion et des propositions concernant les transformations des systèmes d'enseignement à l'ère du numérique, de l'Internet et du "multimedia".
Nous pensons que l'école est profondément affectée par la nouvelle "époque numérique" dans laquelle nous sommes entrés de manière irréversible, et qu'il faut donc que l'institution scolaire s'intéresse de près aux implications - cognitives, épistémologiques, culturelles et sociales - de cette transformation et puisse ainsi se saisir activement de ce nouveau contexte au lieu de le subir. Cela suppose selon nous une approche théorique et des propositions pratiques qui doivent aller bien plus loin que les timides et naïves tentatives d'"introduction des TICE" à l'école menées jusqu'ici.
Pour contribuer à un renouvellement du débat sur ces questions, nous vous proposons les éléments suivants :
• Guillaume Vergne et Julien Gautier ont présenté quelques points de vue sur ces questions lors d'une journée d'étude "Ecole et médias" organisée par le CIEM et l'association Ars Industrialis, en collaboration avec skhole.fr, et à laquelle participaient notamment Bernard Stiegler et Philippe Meirieu. Vous pouvez voir cette intervention intitulée Du monde sur papier au monde sur écran en cliquant ici.
• Dans une perspective voisine, Julien Gautier s'interroge sur ce que pourrait être une "culture numérique lettrée", que l'école aurait vocation à promouvoir, dans un article publié d'abord dans le numéro d'Avril 2009 de la revue Mediadoc, et reproduit maintenant sur skhole.fr : Vers une culture numérique lettrée ?
• Alexandre Serres, chercheur en sciences de l'information, propose une analyse des problèmes posés par les notions de "maîtrise" et/ou de "culture de l'information", tout en insistant sur la nécessité de développer une pratique éclairée des systèmes d'information chez les jeunes : Une certaine vision de la culture informationnelle
• Sophie Weibel, professeur en arts plastiques à Aix-en-Provence, raconte l'expérience inédite qu'elle a menée cette année avec trois classes de collégiens, et qui a consisté à utiliser exclusivement des outils numériques - ordinateurs, appareils photos, scanner, clés usb, etc. - pour la plupart des tâches pédagogiques : Pour une mémoire vive et non volatile
• Vous pouvez également écouter l'ensemble des interventions prononcées lors de la journée d'étude "Ecole et médias", sur la page d'ars industrialis qui lui est consacrée.
• Christian Laval et Philippe Danino appellent à une réflexion approfondie et à une vigilance critique quant aux conséquences de la mise en place de « l’Espace Numérique de Travail » (ENT) sur le métier des enseignants, les conditions d’apprentissage et les rapports pédagogiques : Construire l'école transparente ?
• Dans un article publié initialement dans la revue Medium n°18 (2009), Torsten Meyer défend le principe d'une approche "médiologique" de la pédagogie, dans des perspectives assez proches de celles qui nous dessinons ici : Les héritiers infirmes, ou la médiologie au service du pédagogue, par Torsten Meyer
• Signalons par ailleurs l'intéressant article de David R. Olson, qui soutient comme nous qu'il faut aborder l'étude des transformations cognitives liées à l'informatique - et l'idée d'une "culture informatique" - du point de vue de la culture écrite en général et de l'histoire de la lecture : Modes d’écriture et modes de lecture de l’alphabet à Internet. D. R. Olson nous a également accordé un entretien autour de ces questions disponible ici.
• Signalons enfin trois rapports récents sur ces questions, à la fois intéressants et selon nous encore insuffisants et discutables, et dont aimerions proposer bientôt une lecture critique :
- le rapport de C. Bechetti-Bizot (IGEN) et d'A. Brunet (IGAENR) de 2007 : "L'éducation aux médias, enjeux, état des lieux, perspectives"
- le rapport du sénateur socialiste David Assouline d'Octobre 2008 : "Rapport d'information : sur l'impact des nouveaux médias sur la jeunesse" (pdf), et la page sur le site du Sénat.
- le rapport de la mission Fourgous de Février 2010, dont nous proposons ici une lecture critique : Rapport Fourgous sur l’école numérique : de la prise de conscience salutaire à l’idolâtrie imprudente
Commentaires
Pour faire solide, s'accrocher sur de l'existant solide
Qu'on me permette de commencer par une anecdote : lorsque Sting (ancien enseignant, soit dit en passant) lança son album "Englishman in New York", nombreux furent ceux qui s'extasièrent comme moi sur son inventivité : pizzicati, flûte de Pan, voilà qui était bienvenu dans de la musique pop.
Il s'avéra ensuite que l'inventivité était à chercher chez les contructeurs de synthés, qui avaient simplement incorporé ces instruments aux registres de leurs appareils, Sting ne faisant qu'utiliser l'existant. Peu importe : il avait bien fait.
Ne pourrait-il en aller de même aujourd'hui avec Google Earth? Pensez à l'auxiliaire remarquable que cela pourrait être à l'enseignement de l'histoire, de la géographie, et même de la partie culturelle des enseignements de langue.
Si au lieu d'essayer d'inventer l'eau tiède nous commencions simplement par déjà bien utiliser l'existant ? Par ailleurs, tout ce qui peut enrichir Google Earth en matière de contenu est le bienvenu chez Google, et serait grâce à l'Internet à la disposition de tout le monde francopĥone, dont nos cousins du Canada et nos presque cousins du Cameroun, de Côte d'Ivoire et du Sénégal, entre autres.
Les mêmes salles équipées de mêmes appareils (PC de base, micro sensible, casque...) pourraient servir indifféremment à ces laboratoires Internet et aux laboratoires de langues. Les frais seraient donc réduits.
Et ne pourrait-on pas sortir du placard aussi l'excellent travail qui avait été effectué par les IREM au milieu des années 70 - donc trop tôt pour l'époque, mais à point nommé pour maintenant ?
Juste mes deux centimes d'euro ;-)